DNSEP Nantes, 2011 


Mon travail tourne autour de la question du langage. Je tente d’en explorer les mécanismes au moyen de différents médiums (vidéo, son, performance, typographie) et d’élaborer, au départ d’une rencontre, des dispositifs qui fabriquent des relations entre images, gestes, mots, paroles.


PROJET // BREATH SOUND

 Ce projet de création sonore prend pour point de départ le Silbo – langage sifflé actif sur l’île de la Goméra, aux Canaries – à partir duquel rendre compte des champs de réflexions et d’expériences qu’il permet d’articuler, en particulier des liens de réciprocité entre langage et territoire, entre langage et perception.

Résultat d’éruptions volcaniques, La Goméra est une des sept îles des Canaries, située près de la côte nord-ouest africaine. Son point culminant est l’Alto de Garajonay, avec une altitude de 1.487 m. La combinaison des traits géomorphologiques et du climat donne lieu à la présence de nombreux milieux écologiques. De forme circulaire, l’île est entourée de hautes falaises marines et possède un important réseau de ravins (« barrancos »).

D’une portée de 5 km, le langage sifflé est le plus ancien système de communication sonore véhiculant le langage à distance. Il est une des multiples manifestations complémentaires de la langue, au même titre que le chuchotement, la parole criée ou chantée. Mieux adapté à la propagation des sons dans des conditions extrêmes (zones montagneuses, forêts denses), il est utilisé comme source sonore à la place des vibrations des cordes vocales et permet un dialogue entre individus relativement isolés. Mobilisant la même capacité d’abstraction que le langage articulé, il permet la création de phrases non stéréotypées. Si de nombreuses populations ont développé une version sifflée de leur langue locale, peu sont encore pratiquées. Le Silbo Goméro est inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité, il est enseigné dans les écoles de La Goméra depuis 1999.

Penser les relations entre langage et territoire à partir du Silbo pour réactiver et saisir le lien de l’homme et de l’environnement. Intensifier des «ailleurs» perceptifs qui distribuent et déplacent le mode routinier du sentir.

Penser aussi le Silbo comme objet de fabulation qui, en ce sens, engage la possibilité d’inventer et d’imaginer, donc encore, de penser. Explorer par le sonore les glissements et les potentialités propre à ce langage sifflé à travers les expériences amorcées avec les différents interlocuteurs lors de mon premier déplacement à La Goméra.

Le langage sifflé agit comme un point de connexion à partir duquel déployer les problématiques qu’engagent mon travail, à savoir penser et faire exister d’autres rapport au langage, via notamment des performances sonores, des expérimentations vocales ou un travail typographique autour de l’onomatopée. Un rapport «concret» au langage.

La dimension orale m’importe particulièrement dans la mesure où elle permet d’aborder le langage comme mode d’action et non comme seule matérialisation de la pensée. N’«apprenons notre langue sur un mode non pas mental mais corporel»? (Maurice Merleau Ponty)

La qualité orale du Silbo active un rapport immédiat au territoire. L’aborder par le sonore est une manière de rendre compte de cette immédiateté perceptuelle à l’oeuvre dans l’oralité. En ce sens aussi, le projet devra rendre sensible le territoire singulier de la Goméra, son écologie sonore singulière.

Une création radiophonique, une installation à partir d’hétérogènes, un travail de spacialisation…

http://breathsound.wix.com/julie-michel